Gerry Romain le trésor des garde-robes

Les autres font des sacs à main, des vêtements, des sandales… Elle-même, elle fait des bijoux et des ceintures. Lumière sur une femme pour qui les bijoux ont la même valeur qu’une belle robe.

Gerry ! Ce n’est pas a priori un prénom pour une fille. Pour cause, durant des études en gestion aux Etats-Unis, ses condisciples avaient du mal à prononcer Marie-Géralde qui est sur son acte de naissance. Pour les épargner l’épreuve d’une mauvaise prononciation à chaque fois, elle a alors opté pour ce diminutif cool qu’elle garde encore comme une pierre précieuse. Comme la majeure partie des jeunes filles de son époque, elle s’amourache des magazines de mode tels Vogue, Harper’s Bazaar, Elle… Ce qui influence dès son jeune âge son goût pour les looks à la mode au grand dam de sa mère qui embauche une couturière qui assure à toute la famille la confection d’habits plutôt ordinaires.

Très vite, Gerry se sent attirée par les bijoux. Elle en fait pour la famille et les amis avec du bois, des perles trouvées çà et là. Les siens, étant satisfaits, lui conseillent de se lancer dans l’orfèvrerie. Madame se forme alors grâce à des séminaires aux Etats-Unis et à Jacmel. Pour consolider la technique acquise, elle va puiser son inspiration dans ses passions comme la plage, les montagnes, les rivières où elle adore se retrouver pour faire le vide de la grisaille de la capitale. Au début de ses activités, la jeune artiste crée pour la Noël et la fête des Mères.

Elle utilise les cornes de boeuf, les pierres semi-précieuses… et le métal découpé dont Georges Liautaud, un arrière-oncle est l’initiateur en Haïti. A partir de 2010, Gerry enchaîne avec les collections « Amour de la nature » et « Beauté intemporelle » (une collection anonyme lancée à la première édition de la fashion week). Cette année elle présentera Ecolochic en conformité au thème « Mod’ifions notre environnement ». A chaque fois qu’elle crée une pièce, elle dit faire en sorte d’associer originalité, décontracté et élégance.

Gerry ne fait jamais « cavalier seul ». Dans son atelier, elle est assistée de trois dames qu’elle a elle-même formées. D’un autre côté, pour certaines pièces, elle fait appel à d’autres ateliers qui lui soumettent certains éléments à monter. C’est, bien sûr, selon les besoins de son inspiration. Cet instinct grégaire lui permet aussi d’exposer ses bijoux à côté des vêtements signés Atelier Michaëlle Baussan dans son magasin de Delmas baptisé « Les trésors d’Haïti ».

D’autres designers comme Jean Yves Marchand devront bientôt exposer leurs produits dans cet espace. Gerry reconnaît étant que bijoutière qu’il est naturel qu’elle associe ses produits à ceux d’autres créateurs. Dans les foires ou autres expositions, il est courant que Marie Thérèse Fouchard de Rapadou associe les bijoux de Gerry à ses Plotonen et robes. C’est pareil pour Maguy Durcé qui travaille dans un registre proche. Corah Sajous la sollicite dans le cadre de la semaine de la mode pour les besoins de la collection d’habits décontractés qu’elle va présenter. Pour Gerry, un bijou a la même valeur qu’une belle robe.

« Parfois on s’habille, dit-elle, de façon tellement ordinaire, qu’il faut le concours d’un bijou pour rehausser l’élégance ». Elle porte ses créations, car c’est, selon elle, le meilleur moyen de faire la promotion de ses produits. Mais l’artiste porte aussi ceux d’autres créateurs. Elle ne cache pas son faible pour ceux de Périclès. Pour elle, ce bijoutier a un superpouvoir pour travailler aussi bien le métal.

« Avec lui, dit Gerry, le métal est comme du papier hygiénique tant que c’est malléable ». La créatrice apprécie aussi Martine Bourjolly pour « l’effet naturel de ses pièces ». Elle adore aussi Robert Lee Morris dont les bijoux sont des stars des fashion week à travers le monde. Quand cette mère de famille ne travaille pas, elle lit. Elle n’adopte pas les liseuses en dépit du fait qu’elles soient hyper-pratiques, elle qui adore maculer ses livres avec son surligneur. Gerry est attirée par la littérature du bien-être et de la motivation personnelle.

Elle dit en avoir besoin tant pour sa vie que pour conseiller les plus jeunes comme sa cousine qui l’aide au magasin. Elle vient d’entamer « Le pouvoir de la femme qui prie » et « Les femmes qui ont du succès font les choses différemment », tous deux signés d’auteurs de sexe féminin. Chez Gerry, il n’y a que sa fille qui porte ses bijoux, et commence déjà à faire des croquis de mode. Son mari et son fils n’ont pour bijoux qu’une montre chacun. Puisqu’ils sont adeptes de la simplicité, elle ne cherche pas à les influencer en dépit du fait qu’elle produit depuis l’an dernier des colliers et bracelets au goût du jour pour les hommes.

Pour la créatrice, le fashion week est une initiative louable, car il permet de contrebalancer les images négatives de notre pays dans les journaux et dans les télévisions à l’étranger. C’est profitable, selon la designer, pour tous ceux qui de près ou de loin travaillent dans le secteur. Mannequins, créateurs, bijoutiers… y gagnent plus que de l’argent. A son avis, la visibilité n’a pas de prix. Gerry est redevable aux initiateurs de la visibilité dont jouissent ses produits grâce au visionnement sur Youtube de son défilé de l’année dernière et de leur diffusion en permanence sur les réseaux sociaux.

L’artiste espère que le thème va vraiment aider le public à prendre conscience du danger qui nous guette en matière environementale. Les bijoux en Haïti ont une clientèle saisonnière, selon la dame, mais elle espère que dans un avenir proche, cela progresse. Le positionnement de son magasin à Delmas lui donne quelques problèmes. Ses clients lui disent souvent que dans ce quartier en général, il n’y a de beaux magasins comme à Pétion-Ville, et en plus il y a souvent les bouchons.

L’artiste croit qu’à la finition du viaduc du Carrefour de l’Aéroport, son magasin sera sous les yeux des touristes qui sortent de l’aéroport, des clients réticents qui n’auront plus à se plaindre des embouteillages. Ses deux dernières années, Gerry Romain a reçu le prix du meilleur kiosque dans le cadre du Salon des cadeaux organisé par la Fondation Deschamps. La designer est aussi une habituée de Femmes en Création. En octobre, elle participera à Artisanat en Fête, une fois de plus.

Source: https://lenouvelliste.com/article/121501/gerry-romain-le-tresor-des-garde-robes

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